Position du Conseil National des Organisations non Gouvernementales de Développement de la RDC « CNONGD » face à l’évolution de la situation socio-politique dans le pays.

Le Conseil   National  des Organisations Non Gouvernementales de Développement de la RDC, «  CNONGD » en sigle, suit avec attention l’évolution actuelle de la situation politique dans le pays et observe avec amertume la controverse qui caractérise  le discours des acteurs politiques et sociaux  au sujet des enjeux majeurs de l’heure ; à savoir : la tenue des élections dans le délai constitutionnel et l’organisation du  dialogue politique.

En effet, le paysage politique congolais se caractérise depuis peu par un double enlisement du processus électoral et du dialogue politique appelé à baliser la voie des élections transparentes et apaisées aux fins d’une alternance démocratique au sommet de l’Etat.

Concernant l’enlisement du processus électoral, le CNONGD note comme tous les autres observateurs avertis ce qui suit :

Plutôt que de mettre en place des mécanismes et stratégies d’accélération du processus électoral respectant le délai constitutionnel, les acteurs politiques tant de la majorité que de l’opposition ont perdu le temps dans des débats creux   qui ont fait perdre à la Nation congolaise l’opportunité d’assurer la légitimité des institutions et des acteurs commis à l’animation de celles-ci.

Au sujet du dialogue politique, c’est encore des débats sémantiques interminables qui retardent depuis plus d’une année déjà la tenue de celui-ci de manière à permettre aux acteurs clés de lever les options stratégiques en matière de la gestion du pouvoir et de consolidation de la paix, de la cohésion nationale ainsi que du développement. C’est des controverses qui n’en finissent pas.

A bien voir, l’impression qui se dégage est que la gestion des enjeux de l’heure offre à la communauté tant nationale qu’internationale, une scène odieuse d’un marché des dupes au détriment des forces vives qui ne savent à quel saint se vouer.

Si la majorité au pouvoir semble recourir à des manœuvres dilatoires, à la technique de l’usure de temps, l’opposition quant à elle, ne semble  proposer de manière ferme aucune alternative crédible et réaliste qui fasse avancer la situation.

La Société civile qui, dans sa diversité, devrait départager de façon neutre les deux camps, commet l’erreur de se présenter sur la scène comme appendice de l’un ou de l’autre selon le cas. Ce qui est regrettable.

La Cour constitutionnelle a rajouté à la confusion par son arrêt du 12/05/2016 qui a davantage alimenté la controverse et participé ainsi à la perte de temps dont le processus a tant besoin dans ce pays.

La CENI, plutôt que de s’attaquer aux opérations électorales les plus faciles,  a traîné les pieds en se laissant emballer par des discours politiques qui ont fini par prendre son travail en otage. Elle n’a pas été expéditive dans la gestion du processus car à chaque fois que les uns et les autres exigeaient d’elle une attitude ou un acte rentrant dans ses attributions, sa réaction s’est généralement trop fait attendre. A la suite de toutes ces turpitudes, elle a fini par devenir elle-même problème en perdant même la confiance d’une frange d’acteurs politiques qui ne jurent que par sa restructuration.

A trois mois de la date légale de la convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle, la CENI n’est nullement prête à conduire en toute sérénité le peuple congolais vers la tenue d’une telle élection dans le délai constitutionnel. Elle s’appuie pour cela sur l’argument technique relatif à la nécessité  d’un fichier électoral inclusif et non corrompu qui s’ajoute à la problématique de la logistique, chose qui matériellement semble difficile à réaliser pour le temps qui nous reste d’ici la fin dudit délai.

Alors que les acteurs protagonistes congolais ne s’accordent pas sur l’entendement du dialogue politique en perspective,  même si sa nécessité semble réunir ces acteurs, interprétant de façon divergente l’Accord Cadre d’Addis-Abeba, la communauté internationale qui a facilité la signature dudit accord, qui a signé une position commune en rapport avec le dialogue et qui a même désigné un facilitateur de celui-ci semble aphone pendant que son intervention en interprétation du dialogue aiderait à mettre fin au débat sémantique et peut être fondamental sur celui-ci, ce qui faciliterait aux congolais à gagner en temps et en moyens dans ce débat qui se tire en longueur.

Pendant ce temps, la situation socio-économique et sécuritaire des populations congolaises ne cesse de se dégrader et personne ne semble mettre en priorité la détresse ressentie par elles. L’espace de liberté d’expression se réduit davantage, les routes, des villes et des villages lointains, sont dans un état de dégradation avancé, le budget national revu à la baisse, l’insécurité se généralisant à travers le pays avec emphase dans l’Est du pays où des tueries semblent devenir la mode, notamment à Beni et Lubero, sans que personne ne se préoccupe à y mettre définitivement fin, etc.

L’analyse des comportements, attitudes et pratiques des acteurs clé ci-haut décrits indique clairement que les agendas des uns et des autres semblent flous et n’augurent aucune fin heureuse  des enjeux en présence en RDC.

Force  est de noter par ailleurs que les propositions des différents acteurs locaux manquent de pragmatisme et de réalisme, prédisposant ainsi le pays à des violences post délai constitutionnel si rien de rigoureux et de concerté n’est fait de manière diligente.

Face à ce qui précède et épris par le souci de préserver la concorde nationale et les quelques acquis de la jeune démocratie en RDC, notre pays, le cas des institutions issues des élections, le processus de décentralisation en cours et bien d’autres,  le CNONGD fait des propositions pragmatiques et réalistes suivantes :

Aux acteurs politiques congolais de la majorité et de l’opposition :

*    De cesser de faire du surplace et de prendre la hauteur du danger de la mise sous mandat international de la RDC si jamais la problématique de la tenue de l’élection présidentielle dans le  délai constitutionnel ne trouve une issue efficace, efficiente et diligente ;

*    D’accélérer le processus du dialogue politique en mettant respectivement de l’eau dans leur vin de manière à éviter au peuple congolais toute implosion et toute somalisation de la RDC ;

*    De s’interdire tout discours imbu de violence, de triomphalisme et de séparatisme pour promouvoir une gestion pacifique, responsable et synergique des enjeux de l’heure ;

*    D’éviter d’instrumentaliser certaines communautés contre d’autres en recherchant à créer des zones d’influences qui risquent de fragiliser l’unité nationale ;

*   de privilégier les valeurs morales, éthiques et démocratiques dans toutes les assises d’intérêt national au lieu de mettre au premier plan les intérêts égoïstes ;

*    De privilégier des alliances internes dans la recherche de la restauration d’un Etat de droit en RDC au lieu de créer des alliances sous d’autres cieux avec les conséquences que cela peut entrainer.

Aux acteurs de la Société civile :                                                   

*    D’arrêter d’agir en appendice des forces politiques dans leurs prises de position ;

*    De Garder la neutralité comme une église au milieu du village ;

*    D’œuvrer en toute indépendance, par le renforcement des capacités des communautés locales, à la mobilisation citoyenne et patriotique, pour assister les forces sociales à exprimer leurs préoccupations et à formuler des propositions concrètes aux autorités pour des questions qui intéressent leurs membres ;

*    De sensibiliser la population à se désolidariser d’avec les politiciens véreux qui  tenteraient  de la diviser sur base de clivage régional, ethnique et linguistique et à se prendre en charge si les politiciens ne parviennent pas à s’accorder autour de l’organisation des élections.

A la CENI :

*    De s’attaquer sans délai à la préparation du scrutin en commençant par les opérations techniquement et financièrement moins exigeantes afin d’éviter une autre perte de temps aux conséquences fâcheuses incalculables;

*    D’user de son indépendance constitutionnelle et légale d’action pour départager les acteurs politiques ce, de façon juste et équitable ;

*    De cesser d’œuvrer comme un appendice ou une caisse de résonnance à la solde d’une tendance politique donnée.

A la Communauté Internationale en général :

*    De clarifier à l’intention des protagonistes congolais, son entendement du dialogue politique en RDC (question du pouvoir de convocation et d’autres aspects connexes) afin d’aider à gagner le temps sur cette question ;

*   d’honorer ses engagements en matière d’appui au processus électoral et de pacification en RDC ;

*    De trouver des mécanismes concrets de mise en œuvre de la résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies dans le contexte de la RDC ;

*    D’accompagner les institutions qui seront issues des élections, cela pour pérenniser les acquis  de la démocratie en RDC ;

*    D’accompagner les institutions publiques et les acteurs de la société civile dans  la protection des droits humains et des valeurs républicaines pendant la période des élections.

Aux Nations Unies :

*    De justifier les retombées du mandat (Chapitre 7) confié à la MONUSCO quant à la sécurisation des personnes et de leurs biens notamment en face de forces étrangères ;

*    De clarifier le mandat de la MONUSCO dans l’organisation des élections en RDC.

 

Fait à Kinshasa, le 21 juin 2016

Pour le CNONGD

Félicien MBIKAYI CIMANGA

Secrétaire Général 

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